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Category Archives: HEREDITE DES COMPORTEMENTS

Génétique et comportement    l’état des connaissances

Patrick Pageat

 

Le déterminisme génétique du comportement du chien est un sujet sur lequel l’éleveur s’interroge.

Il est vital pour lui de cerner les paramètres qui déterminent les caractéristiques comportementales des chiens et d’identifier ceux sur lesquels il est susceptible d’agir.

La recherche en génétique des comportements chez le mammifères a dirigé l’attention du docteur Patrick Pageat dans trois directions :

Les résultats obtenus chez les rongeurs

L’héritabilité de certaines maladies psychiatriques chez l’homme

L’amélioration zootechnique des espèces consommées par l’homme.

 

Chez les rongeurs, de nombreux chercheurs se sont intéressés à l’héritabilité des conduites agressives et du comportement maternel. Ils ont cherché à déterminer si la tendance à produire facilement des réactions agressives était ou non héréditaire.

Des travaux ont mis en évidence l’influence de facteurs environnementaux intra-utérins et notamment l’influence du voisinage intra-utérin. Ainsi chez la souris, un fœtus femelle placé entre deux fœtus mâles se montre significativement plus agressif. Il semble que le mode de placentation des rongeurs, en rendant possible les échanges sanguins entre fœtus, conduit à une élévation du taux sanguin de testostérone chez ces femelles, ce qui serait à l’origine d’une plus grande agressivité. Le point qui retient notre attention est qu’il s’agit bien d’un facteur environnemental et non génétique. De même des études menées sur l’influence du stress subi par la mère pendant la gestation permettent d’observer une tendance de la progéniture des femelles stressées à être plus anxieuses.

Les études concernant le comportement maternel ont montré des résultats plus nets pour certains aspects. Ainsi, des mutations concernant le gène codant pour un sous-type de récepteur de la prolactine, sont à l’origine de troubles majeurs du comportement maternel et notamment d’un refus des contacts avec la portée.

 

Chez l’homme, il apparaît que certaines affections psychiatriques comme la schizophrénie, la psychose maniaco-depressive et certains autismes reconnaissent un fort déterminisme génétique. Les conditions environnementales ne semblent jouer que comme facteur minorant ou majorant la sévérité des troubles. Les malades sont porteuses d’anomalies probables d‘un ou plusieurs neurotransmetteurs, ce qui crée un contexte de vulnérabilité qui s’exprimera à l’occasion d’une déstabilisation physiologique (puberté, grossesse)..

 

Chez les animaux de rente, le porc est sans doute l’animal qui a le plus souvent retenu notre attention : mortalité lors de transport, ulcères gastro-duodénaux, agressivité, cannibalisme et viandes fiévreuses sont des conséquences économiquement dommageables du comportement.

Ces éléments réactionnels ont amené des chercheurs à étudier les composantes génétiques de l’anxiété et de l’agressivité du porc mais il semble aujourd’hui que les réponses apportées sont plus environnementales que zootechniques.

 

On voit bien à la description de ces quelques exemples, que les connaissances en génétique des comportements restent fragmentaires et méthodologiquement insatisfaisantes. Surtout elles concernent des espèces qui sont assez différentes du chien. Les données disponibles chez celui-ci sont le plus souvent anecdotiques et ne peuvent déboucher sur aucune application.

 

Il convient donc de souligner le poids prépondérant de l’environnement dans le développement du comportement du chien. De nombreuses affections comportementales chez le chien tirent leur origine dans un défaut de respect du développement du chiot. Ainsi l’éleveur peut, tout comme le maître d’ailleurs être responsable de troubles du comportement chez le chien.

 

Hérédité du comportement chez le chien  –   Pr Jean Francois Courreau  – 

Service de Zootechnie – ENV d’Alfort

  Le comportement correspond à un ensemble de caractères qui englobe aussi bien les diverses aptitudes au travail que le tempérament, ce terme correspondant à ce qu’on appelle dans le langage courant « le caractère ». Pour éviter toute confusion, nous n’emploierons ici que le terme de tempérament. Le tempérament et les aptitudes au travail sont des caractères quantitatifs. Cela signifie que ce sont des caractères commandés par un grand nombre de gènes ; la moitié de ces gènes viennent du père et l’autre moitié de la mère. Si le phénotype (l’expression du caractère, ce que le chien montre) est déterminé par les gènes, il est aussi influencé par le milieu de vie ; cette influence peut être prédominante sur l’action des gènes.

Améliorer génétiquement consiste à faire évoluer le caractère vers le phénotype désiré en ne jouant que sur les gènes. Ceci s’opère par la sélection.   Pendant très longtemps on s’est demandé si le comportement avait un support génétique et était transmissible héréditairement, ou si l’environnement conditionnait avant tout le niveau des aptitudes de l’animal.

Avec la première hypothèse (= c’est la génétique qui détermine), on expliquait la ressemblance entre parents et enfants. Cela justifiait que l’on choisisse des géniteurs parmi les chiens ayant le comportement désiré afin de retrouver leurs qualités chez leurs enfants.

Avec la seconde hypothèse (= c’est l’environnement qui détermine), on expliquait que les chiens avaient le comportement désiré grâce au savoir-faire de l’éleveur ou du  dresseur : une éventuelle ressemblance entre parents et enfants pouvait s’expliquer par la similitude des méthodes d’élevage et de dressage.

  C’était en somme la discussion habituelle sur les rôles respectifs de l’inné et l’acquis. Cette discussion a duré longtemps pour les caractéristiques comportementales impliquées dans les aptitudes au travail. En effet, d’un côté, le fait que ces races aient pu être spécialisées par sélection pour tel ou tel type de travail apparaît comme un excellent argument pour invoquer l’hérédité des aptitudes. Mais d’un autre côté, il n’est pas évident qu’une fois la spécialité fixée dans une race, celle-ci puisse encore progresser c’et à dire qu’une amélioration génétique intra race soit encore possible. On peut alors considérer que les différences entre chiens ne dépendent que du savoir faire des maîtres.

  Il ne faut pas confondre héréditaire et améliorable. Tout d’abord si tous les chiens d’une race présentent la même aptitude particulière (aptitude à la garde, aptitude à la conduite des troupeaux) c’est que cette race a été spécialisée par la sélection de gènes favorables de génération en génération. Nous sommes bien d’accord pour dire que cette aptitude est héréditaire.

Dans un second temps, si tous les chiens d’une race présente la même aptitude particulière, nous pouvons cependant constater que chez certains, elle se manifeste à un plus haut degré que chez d’autres. Ces différences sont-elles d’origine génétique ? C’est à die, y-a-t-il intérêt à faire reproduire les meilleurs entre eux plutôt que les moyens ? Autrement dit, les enfants des meilleurs seront-ils meilleurs que les enfants des moyens ? En somme, l’aptitude que présente la race est-elle améliorable génétiquement ?  Le niveau d’héritabilité des caractères comportementaux est en règle générale faible, parfois tout au plus moyen. Cela n’est malheureusement pas très favorable à une amélioration par la sélection. Cela ne veut absolument pas dire qu’il ne faut rien faire mais que ce sera plutôt difficile.

Sélectionner les reproducteurs pour améliorer génétiquement le comportement dans une race est donc plutôt difficile car ce que l’animal exprime (le phénotype) indique assez mal quelle est sa valeur génétique. Il ne faut pas baisser les bras. Dans une telle situation, pour avoir la meilleure vision possible de ce que vaut un géniteur sur le plan génétique, le choix des reproducteurs doit se faire sur le plus d’observations possibles, sur des observations les concernant comme sur des observations concernant des apparentés proches, parents, frères et sœurs de portée. La qualité première de l’éleveur est alors dans sa capacité à faire la synthèse de tout ce qu’il a observé.

  En conclusion, la sélection des caractères comportementaux est plus difficile à mener à bien que la sélection sur la morphologie. La morphologie est beaucoup plus héritable. Dans une telle situation, l’effort de sélection dans une race devrait porter d’abord sur le comportement, ensuite sur la morphologie. Or, il apparaît que dans de nombreuses races, la conformité au standard morphologique passe avant la qualité du comportement. Dans un tel contexte on risque de perdre de précieux gènes qui agissent sur le comportement. Si l’on constate qu’il est trop dégradé au fil des générations, il sera alors extrêmement difficile de retrouver les ressources génétiques permettant de revenir en arrière.

 

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