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Monthly Archives: janvier 2008

Pour nous , la dysplasie est beaucoup plus importante à prendre en considération que la surdité. Un chien sourd ne souffre pas mais il n’est pas à mettre entre toutes les mains et doit faire l’objet d’un dressage approprié, un chien entendant d’une oreille compensera par ses autres sens, et fera un excellent animal de compagnie, mais le dysplasie est invalidante et entraîne de grandes souffrances à l’animal.

 Aspects pratiques du dépistage de la dysplasie coxo-fémorale chez le chien

Jean-Pierre GENEVOIS

Professeur de Chirurgie, Département des Animaux de Compagnie, Ecole Nationale.
Vétérinaire de Lyon, 1 Avenue Bourgelat, 69280 MARCY L’ETOILE, Membre de la souscommission dysplasie de la SCC, expert de la commission d’appel de la SCC, expert de la FCI pour les appels trans-nationaux concernant la dysplasie des hanches et des coudes.

Texte paru dans la revue Cynophilie Française n° 129

1- Définition :

La dysplasie coxo-fémorale est définie, de manière officielle comme un « trouble du développement de la hanche engendrant une instabilité de cette articulation ».

Suite aux travaux de G. SMITH et de son équipe à l’université Vétérinaire de Pennsylvanie (années 1990 et suivantes), on sait que tout repose sur l’existence d’une laxité anormale (hyperlaxité) de l’articulation coxo-fémorale.

 Dans certains cas, cette hyperlaxité peut être compensée, lorsque l’animal se déplace, par l’action de la musculature fessière, qui recentre les têtes fémorales au fond des acetabulum. On parle alors d’hyperlaxité passive. Pour la mettre en évidence de manière systématique sur les radiographies, il faut utiliser des procédés particuliers (« radiographies en position forcée, sous anesthésie générale »). L’animal atteint ne subira pas forcément de déformations osseuses ou de processus arthrosique grave. Il va cependant transmettre à sa descendance son hyperlaxité coxo-fémorale. Parmi les descendants, la « compensation » de l’anomalie n’est pas systématique. Dans le cadre de la sélection, l’hyperlaxité passive devrait donc être considérée comme un élément péjoratif, au même titre que la laxité active.

Dans d’autres cas, l’hyperlaxité n’est pas compensée par la musculature fessière, et elle persiste lors de la locomotion. On parle alors de laxité active. Cette dernière débouche, à plus ou moins long terme, sur des anomalies structurelles (déformations osseuses et lésions articulaires) et sur un processus arthrosique.

2- Dépistage

2-1 Le dépistage officiel

Il est uniquement radiographique, et concerne des chiens qui ont terminé leur croissance. L’âge minimal varie de 12 à 16 mois en fonction des clubs pour les chiens de taille « standard », il est généralement de 18 mois chez les races géantes. L’animal est en décubitus dorsal, le bassin bien de face. Les membres postérieurs sont tirés vers l’arrière, parallèles entre eux et avec la colonne vertébrale, les rotules sont « au zénith ». Le cliché doit être identifié dans l’émulsion. Une attestation engageant la responsabilité du vétérinaire quant au contrôle du tatouage ou de l’identification électronique doit être rédigée. Elle doit préciser les conditions de réalisation (anesthésie générale, sédation, animal « vigile ») de la radiographie. La lecture s’effectue par un vétérinaire, désigné par le club de race, qui devient le lecteur « agréé »pour la race concernée. On peut reprocher au procédé standard un certain nombre d’imperfections :

  • l’âge officiel du dépistage fait peser un risque de non-détection des DCF susceptibles de se développer jusqu’à l’âge de 2 (voire 3 ?) ans. Il serait donc souhaitable, pour les reproducteurs de valeur de « confirmer »le résultat un an plus tard (notamment pour les sujets cotés « B »…).

  • l’existence d’une hyperlaxité sans modification des profils articulaires risque d’être masquée sur le cliché standard. Ceci est d’autant plus vrai si le cliché est effectué sur un animal non anesthésié (on observe depuis quelques années une inflation inquiétante du nombre de radiographies effectuées sans anesthésie. Dans la plupart des autres pays européens, cette manière de procéder est assimilée à un processus de fraude) Un certain nombre de chiens qualifiés de « normaux » sont donc dysplasiques (certains auteurs avancent le chiffre de 20% de « faux négatifs » parmi les sujets notés « A »), certains stades de dysplasie sont peut-être sous évalués… 

  • les erreurs de positionnement jouent un rôle plus ou moins important sur l’appréciation portée par le lecteur. En fonction de l’expérience de ce dernier, le problème sera pris en compte (rejet éventuel du film) ou ne le sera pas.

  • au plan de la lutte contre l’affection, la prise en compte du seul résultat individuel de la cotation radiographique, compte tenu des éléments cités plus haut, est assez peu « discriminante ». Ceci explique la lenteur des progrès observés au sein des races les plus atteintes, d’autant que le stade « C » est accepté par beaucoup de clubs pour la reproduction. En France, après examen du cliché, l’animal est placé dans l’une des cinq catégories de la classification FCI (circulaire du 10/04/92). Le lecteur examine la position de la tête fémorale dans la cavité acétabulaire (centrage, coaptation, couverture), l’aspect de l’interligne articulaire (pincement éventuel en zone dorso-latérale), la qualité du rebord acétabulaire cranial , l’importance du recouvrement dorsal, les éventuels remaniements arthrosiques secondaires, et la valeur de l’angle de Norberg-Olsson qui permet de juger de l’importance de la sub-luxation (= du déplacement latéral de la tête fémorale hors de l’acetabulum).
  • stade A = aucun signe de dysplasie : parfaite coaptation entre la tête du fémur et l’acétabulum. Angle de Norberg-Olsson au moins égal à 105°.

  • stade B = état sensiblement normal : correspond à deux possibilités: soit une coaptation de bonne qualité avec un angle de Norberg-Olsson compris entre 100 et 105°, soit une coaptation imparfaite, avec un angle de Norberg-Olsson supérieur à 105°.

  • stade C = dysplasie légère : coaptation imparfaite, avec un angle de Norberg-Olsson compris entre 100 et 105°. Présence éventuelle de légers signes d’arthrose sur l’acetabulum, le col ou la tête fémorale.

  • stade D = dysplasie moyenne : mauvaise coaptation et angle de Norberg-Olsson compris entre 90 et 100°. Modifications possibles du rebord acétabulaire craniolatéral et/ou signes d’arthrose .

  • stade E = dysplasie sévère : sub-luxation ou luxation articulaire, angle de Norberg-Olsson inférieur à 90°, possibilité éventuelle de modifications arthrosiques majeures .

2-2 Le dépistage précoce

Il peut reposer sur un cliché standard. Dans certains cas, ce dernier permet d’affirmer de manière incontestable l’existence d’une DCF chez un animal âgé de quelques mois. Si l’image est normale, il n’est pas possible de se prononcer de manière fiable. Pour éviter tout problème de contestation sur l’identité de l’animal radiographié, il faut penser à identifier de manière infalsifiable (= dans l’émulsion) un cliché de dépistage précoce, même s’il n’est pas « officiel ».

Le dépistage peut être clinique, et faire appel à la mise en évidence d’une hyperlaxité articulaire (test de Bardens, signe du ressaut d’Ortolani…). Le symptôme observé ne peut cependant pas jouer le rôle de preuve lorsque l’affection fait l’objet d’une contestation a posteriori, si le cliché standard de l’animal ne montre aucune anomalie.

Les clichés « en position forcée » permettent d’objectiver l’hyperlaxité articulaire. Seuls deux procédés permettent, à ce jour, de quantifier le déplacement des têtes fémorales.

Le procédé « PennHip » a été mis au point par Gail K. SMITH et publié en 1990. le chien est anesthésié et placé sur le dos : les fémurs sont perpendiculaires à la table, en très légère abduction. Les tibias sont horizontaux et les postérieurs sont manipulés par l’intermédiaire des jarrets. Un premier cliché « en compression » est réalisé en pressant fortement la région du grand trochanter (par l’intermédiaire de coussins de mousse), en direction de l’acetabulum. Le second cliché est réalisé « en distraction ». Pour ce faire, un appareillage, composé de deux colonnes radiotransparentes, dont on peut faire varier l’écartement, est intercalé 5 entre les cuisses de l’animal. L’écartement des barres est réglé en fonction de la distance séparant les deux têtes fémorales sur le cliché de dépistage standard, réalisé préalablement à la manœuvre. En rapprochant les genoux l’un vers l’autre, de part et d’autre des barres du distracteur, ces dernières font contre-appui sous les têtes fémorales, qui sont ainsi déplacées latéralement. L’indice de distraction est alors calculé en mesurant le déplacement du centre de la tête fémorale entre le cliché en compression et le cliché en distraction, puis en divisant cette mesure par le rayon de la tête fémorale. Pour SMITH, lorsque l’indice de laxité articulaire se situe en-dessous d’un indice donné (<0,3), l’animal a de fortes chances d’avoir des hanches normales à l’âge adulte. Cet indice de laxité articulaire n’est fiable qu’à partir de l’âge de seize semaines. Le positionnement de l’animal est plus complexe que celui utilisé dans la technique standard. Aux États-Unis, ce système est breveté. Les « distracteurs » ne peuvent être acquis, et les clichés réalisés, que par des vétérinaires ayant suivi une formation spécifique, et ayant obtenu une « certification ». Les radiographies doivent envoyées à un organisme qui constitue une banque de données des valeurs observées et donne la position du chien vis-à-vis de la valeur moyenne de l’indice de distraction au sein de sa race. En France, la législation face à ce type de brevet reste à définir. Par ailleurs on peut s’interroger sur la pertinence d’une extrapolation des chiffres publiés aux États-Unis, compte tenu de différences éventuelles liées aux souches raciales respectives? Une publication récente a confirmé l’intérêt du procédé dans le cadre de la sélection de reproducteurs à hanche « fermes » au sein d’effectifs (ou de races) à très fort taux de dysplasie.

En Suisse, le professeur Mark FLUCKIGER a mis au point un procédé permettant d’effectuer un cliché en position forcée, sans intervention d’un matériel spécifique. Le chien anesthésié est placé sur le dos, les fémurs sont placés dans un plan perpendiculaire à la table (comme pour le procédé « PennHip »), mais ils sont légèrement tirés en direction caudale, et forment un angle d’environ 60° par rapport à la surface de la table située en arrière de l’animal. Les membres sont maintenus et manipulés à la hauteur du 1/3 distal du tibia. L’opérateur rapproche légèrement les 6 grassets, et les deux postérieurs font l’objet d’une poussée en direction cranio-dorsale (dans l’axe longitudinal des fémurs). Sur le cliché, l’angle maximal entre le segment de droite joignant les TF et l’axe longitidinal des fémurs ne doit pas dépasser 90°. En cas d’hyperlaxité, la TF se déplace dorsalement (comme lors de recherche du signe d’Ortolani), ce qui s’apprécie sur la radiographie en effectuant une mesure de « l’indice de sub-luxation », qui correspond à la distance séparant le centre de la TF et le centre de l’acetabulum, divisée par le rayon de la TF. L’utilisation des procédés de radiographie « en position forcée » n’est pas reconnue dans le cadre du dépistage officiel de la dysplasie. Compte tenu de la forte héritabilité des critères de laxité (ou de fermeté) coxo-fémorale, il semble par contre intéressant d’utiliser ces techniques (réserve faite sur l’aspect législatif cité plus haut pour le procédé PennHip) dans le cadre de la sélection de reproducteurs à hanches « fermes » au sein des races les plus concernées par l’affection.

3- Résultats

L’importance exacte de l’affection au sein de chaque race est mal connue. Peu de chiffres sont disponibles. Leur pertinence est discutable car ils ne concernent que les animaux pour lesquels un cliché de dépistage est soumis à une lecture officielle. Une comparaison rapide entre le nombre de naissances annuelles déclarées (publié par la SCC) et le nombre de clichés examinés annuellement au sein de chaque race concernée dans le cadre du dépistage systématique montre qu’un nombre très réduit d’animaux (11% en moyenne sur un échantillon de 14 races, avec un maximum de 24%) fait l’objet d’un examen officiel. Par ailleurs de nombreux clichés s’arrêtent au stade du cabinet vétérinaire : lorsqu’il est manifeste que l’animal est fortement dysplasique, ces clichés ne sont pas envoyés à la lecture. Les animaux correspondants ne sont donc pas pris en compte dans les chiffres « officiels ». Les pourcentages de dysplasie au sein de chaque race, tels qu’ils émanent de l’OFA (Orthopedic Foundation for Animals : http//www.offa.org) aux USA , ou de lecteurs agréés dans les 7 pays européens, sont donc vraisemblablement inférieurs à la réalité. En France, sur un échantillon de 27 races ayant fait l’objet de plus de 100 lectures, 4 ont un taux de DCF dépisté situé entre 4 et 11%, 8 ont un taux de DCF dépisté situé entre 14 et 18%, 10 ont un taux de DCF dépisté situé entre 21 et 29%, 4 ont un taux de DCF dépisté situé entre 30 et 40%, une race a un taux de DCF dépisté supérieur à 60%.

4- Conclusion

Bien que la lutte contre la DCF soit ancienne, bien des progrès restent encore à accomplir. Le dépistage, pour être aussi fiable que possible, doit être effectué sous anesthésie ou tranquillisation poussée. Les lecteurs doivent respecter les critères FCI de la classification. Un individu classé « A » qui présente dans sa descendance un fort taux d’animaux dysplasiques est certainement un « porteur négatif » qu’il vaudrait mieux écarter de la reproduction (d’où l’intérêt du suivi de descendance). Les progrès vis-à-vis de la diminution du nombre d’individus atteints au sein des races les plus touchées nécessitent beaucoup d’efforts et de sacrifices. Bien que lents, ils sont possibles lorsqu’une politique cohérente de sélection est établie sur le long terme, l’exemple des résultats obtenus dans les pays scandinaves est là pour le démontrer.

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Voici un texte écrit par le Professeur de Denis pour répondre à la question des différents types qui peuvent exister dans une race, avec comme corollaire des différences de taille et de poids
 
Les animaux d’une même race sont-ils très ressemblants ?  par le Professeur Denis

Qu’ils soient ressemblants est évident, sinon ils n’appartiendraient pas à la même race. Mais doivent-ils être très proches les uns des autres ? La réponse est non. L’homogénéité la plus grande possible est l’apanage des lignées consanguines. Il est normal et même souhaitable que co-existent dans une race des types différents, aux plans morphologique, comportemental etc … Naturellement, l’ampleur des différences ne doit pas être trop importante ; elle est à préciser au sein de chaque club.

Les raisons pour lesquelles une race ne doit pas être trop homogène sont doubles :
– si la mode évolue et que l’on recherche à l’avenir des chiens d’un modèle un peu différent, il doit être possible de faire évoluer la race par ses propres moyens,
– l’homogénéité s’obtient le plus souvent au prix d’une augmentation insidieuse du taux de consanguinité, dont les conséquences défavorables ne manquent pas.

Inconsciemment ou consciemment, c’est vers le "toujours plus d’homogénéité" que marche la sélection. Pour faciliter cet " affichage ", dans les races où il existe plusieurs variétés, on les fait se reproduire chacune indépendamment des autres, ce qui peut conduire à accentuer les différences et les considérer comme des races distinctes, qu’elles n’étaient pas au départ. On ne dira jamais assez que les variétés doivent se croiser de temps à autre : elles constituent une sorte de réserve de retrempe naturelle l’une pour l’autre !

Certes, les clients ont souvent des idées précises sur le chien qu’ils veulent – celui qu’ils ont vu à la télévision par exemple – et ils n’accepteront pas, en bout de chaîne, un animal jugé trop différent de ce qu’ils attendent. C’est une question d’éducation du client potentiel : en toute logique, un éleveur ne peut garantir un type précis de chien que si son élevage se reproduit en consanguinité ; l’acheteur doit en être informé et, bien entendu, accepter de payer cette garantie.

La question est alors de savoir jusqu’où aller dans ce raisonnement. Depuis le temps que nous le tenons, nous avons entendu des réflexions du genre : " Vous nous suggérez de revenir en arrière en défaisant ce que nous avons fait ". Un collègue allemand, zootechnicien lui aussi, nous a même dit un jour à peu près ceci : " Finalement, vous êtes contre la sélection … Pourtant, l’intérêt pour nous, zootechniciens, c’est de faire évoluer les populations. Lorsqu’il n’y a plus de variation, on passe à autre chose. Si la race est devenue consanguine et risque de disparaître, il en restera toujours bien assez d’autres pour nous occuper " (!)

Nous ne sommes évidemment pas contre la sélection mais nous affirmons qu’elle doit être mise en oeuvre dans un contexte de de gestion de la race, qui implique :
– certes de la faire évoluer dans la direction souhaitée conjoncturellement,
– mais de conserver aussi suffisamment de variabilité pour l’orienter éventuellement dans une autre direction, plus tard.

Tout est question de mesure. Nous avons eu l’occasion cette année de voir un rassemblement d’une trentaine de chiens de " race " Corse (Ù Cursinù), et à peu près le même nombre de Bergers de Savoie et (ou) Bergers des Alpes. Il est clair que l’hétérogénéité actuelle est trop importante dans ces deux populations et que la sélection va devoir la réduire mais il n’y a là rien d’original : toutes les races de chiens ont commencé ainsi. Il faudra savoir jusqu’où aller et, surtout, éviter à un certain moment de privilégier la descendance d’un étalon en particulier au point d’en faire dériver toute la race !

Il est donc bien clair que les animaux d’une même race doivent certes exprimer suffisamment de caractères en commun mais ne sont nullement des copies conformes les uns des autres.