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Voici un texte du Professeur Guy Quiennec qui fait le pendant de celui de l’élevage Perdita que j’ai mis précédemment

 

"I Définition du problème

 

1)     Sélectionner revient à choisir un couple de géniteurs pour les apparier en vue d’obtenir un progrès, soit par rapport à la moyenne de la population de la population concernée, soit par rapport à la fraction déjà la plus améliorée.
La première méthode intéresse une population entière comme la race, la seconde concerne un élevage donné.
L’amélioration génétique comprend 3 étapes successives
– un choix des géniteurs
– une méthode d’accouplement
– un contrôle des résultats

2)     Deux données sont nécessaires à tout programme :
a – les caractères souhaités sont-ils transmissibles héréditairement, autrement dit ont-ils une base génétique ?
b – Comment peut on mesurer le progrès, ou tout au moins apprécier les résultats obtenus, ce qui signifie que l’on ait défini avec précision le but à atteindre.
Ces deux questions apparemment simples, n’offrent pourtant pas de réponse évidente.

Le fait de savoir si un caractère isolé, voire un groupe de caractères ont ou non un support génétique va être déjà très délicat.


D’une part, presque tous les éléments repérables procèdent de l’inné, c’est à dire d’une base génétique, mais laquelle ? D’autre part leur manifestation est presque toujours soumise à l’environnement, donc à l’acquis.


Dans quelles proportions, avec quel déterminisme voilà déjà ce qu’il faudrait savoir. Mais la nature affective de l’élevage canin, les facteurs psychologiques qui sous tendent la plupart des éleveurs, empêchent habituellement des essais expérimentaux et limitent l’information sur les résultats complets obtenus.


Beaucoup de données sont biaisées, quand elles ne sont pas purement affirmées sans aucune preuve. Même si l’on a des données sérieuses, il n’est pas simple de savoir quoi faire.

 S’il s’agit de facteurs positifs, ce n’est pas difficile on cherchera à les concerter.
Mais s’il s’agit de facteurs négatifs, défauts ou mêmes tares, la réponse devient nuancée.
Le profane ou pire encore le néophyte informé vont réagir simplement en décrétant l’élimination.
Mais de qui : les touchés, les porteurs, leurs parents, etc.


On peut décapiter une race pour la sauver.

Le rejet d’un géniteur taré élimine avec lui les qualités qu’il pouvait avoir. C’est souvent sans importance, parfois pire que la nuisance qu’il créait.

La connaissance sérieuse des lois de la génétique, beaucoup plus complexes que celles que nous sommes conduits à énoncer par simplification pédagogique doit inviter à la prudence scientifique.


Enfin, qui peut affirmer que tel défaut, voire telle tare est toujours nuisible, qu’elle n’a pas d’effets positifs marquants encore ignorés de nous ?
Nous en connaissons de multiples exemples chez l’homme comme l’anémie falciforme qui permet de résister au paludisme.

Chez les bovins, notre laboratoire a beaucoup étudié une anomalie chromosomique, la translocation 1.29. L’INRA suivant l’avis des suédois décrète qu’elle nuit à la reproduction et propose de l’interdire aux porteurs. Mais la race corse en est envahie, nous l’avons trouvée au Tchad, ne serait-elle pas un facteur de robustesse ? la race blonde d’Aquitaine, hautement performante en contient beaucoup. D’importants moyens viennent d’être fournis pour tenter de savoir si cette anomalie, visible au microscope doit être éliminée ou sélectionnée.

 

Pensons à la complexité d’une décision chez le chien qui conduit à un premier conseil :
chercher à améliorer les qualités, à promouvoir les bons géniteurs plutôt qu’à éliminer des insuffisances réels ou potentiels sans recours possible.

 

 Ne confondons pas le progrès génétique avec le pouvoir génétique.


Certes cette démarche est contraire à la logique administrative qui sévit en France et nous a conduit à des structures monopolistiques, simples, coercitives car il est plus commode d’interdire que de développer, mais elle doit à notre sens rester le guide de l’éleveur de qualité.

 

 

II RAPPELS UTILES

 

1)    Génétique
Tout caractère visible d’un individu fait partie de son phénotype. Il est dû tantôt à un seul caractère génétique (un allèle), tantôt à une combinaison de plusieurs.
Dans la quasi-totalité des cas, il entre à la fois une part d’origine génétique, donc transmissible, et une part due aux conditions d’élevage, à l’environnement donc non transmissible. Il faudra tenter d’évaluer la part de l’un et de l’autre.

La partie d’origine génétique est toujours composée de la juxtaposition et non du mélange de 2 séries de 39 filaments appelés chromosomes, qui portent chacun des centaines de caractères isolés.
l’une des séries vient obligatoirement du père et l’autre de la mère.
Deux d’entre eux, appelés X et Y, les gonosomes, vont induire le sexe. Donc tout individu est déterminé par la juxtaposition de 39 chromosomes paternels et 39 chromosomes maternels.
Chacun des géniteurs a autant d’importance génétique.
Il faut être prudent avant qu’une particularité recherchée ou redoutée est ou n’est pas d’ordre génétique. On n’a pas le droit pour affirmer la puissance des généticiens de provoquer la disparition de races ou de lignées sur de simples hypothèses, ni de se réfugier derrière des arguments de médecine de Molière en invoquant des polygènes à expressivité et pénétrance variables, ce qui veut dire en clair que le phénomène est sélectionnable mais on ne sait pas pourquoi. Seuls des essais expérimentaux d’accouplements avec résultats statistiques concordant avec les observations courantes peuvent nous éclairer. D’où la nécessité de recherches d’Etat, car quel éleveur va délibérément accepter de créer des tares ? A défaut, il y aura des incertitudes.
Seule l’amélioration des études, la comparaison de programmes d’action et de leurs résultats permettra d’avancer.
Il faut se garder d’une part d’admettre tous les laxismes, d’autre part d’éviter les simplismes brutaux. La conduite d’un élevage demande à la fois fermeté et tolérance avec beaucoup de continuité réfléchie.

La génétique ne nous permet pas de prévoir les résultats d’un accouplement, seulement de comprendre après coup ce qui s’est passé.
L’élevage reste un art où la connaissance des animaux est indispensable. Avant de commencer l’amélioration génétique, il faut donc savoir la repérer, puis analyser le patrimoine génétique des reproducteurs ou l’homogénéiser.

2)    Influence de l’environnement
Un élément de qualité peut être saccagé par les conditions d’élevage.
Ainsi une mauvaise alimentation, mal équilibrée, avec des suppléments vitaminiques à l’aveuglette va provoquer des déformations du squelette qu’un œil peu averti pourra confondre avec des déformations d’aplomb. Des carences réduiront la hauteur au garrot, les dimensions de la poitrine, alors que les descendants mieux nourris n’exprimeront pas ces défauts.
Un poil génétiquement long pourra rester court si l’alimentation ne fournit pas assez de matériaux pour fabriquer du poil.
Les dents sont aussi des organes sensibles au milieu. Au cours de leur formation les bourgeons dentaires pourront être attaqués par des virus d’où manque de dents, dédoublements, mal dispositions, etc…De multiples carences minérales, des troubles fœtaux vont pouvoir affecter la dentition.

3)    Organisation de la sélection
Savoir quoi chercher dans un géniteur suppose que qualités et défauts soient clairement définis et que l’on connaisse ceux d’entre eux qui ont bien un support héréditaire.
Le chien ou le chat de race pure peuvent se comparer à un modèle de référence qui est le standard, description technique précise de l’animal idéal, description qu’il faudra souvent affiner par des mensurations et des commentaires explicatifs.
Faute de standard assez clair et d’une interprétation homogène entre les pays et les juges, il n’y aura pas de sélection rationnelle positive. Tout est fonction des goûts de chacun.

On verra tel animal remporter des qualificatifs prestigieux avec tel juge, infâmants avec tel autre. Cela n’est aucunement inéluctable, mais dû aux inconséquences du système et des méthodes de référence.

Telles qu’elles fonctionnent les expositions canines n’ont guère de fonction de sélection, faute de cohérence et de justificatifs techniques. Ce sont par contre des manifestations utiles, probablement nécessaires, pour l’information, l’éducation, la confrontation. Elles permettent de montrer au public de beaux animaux de pure race, donc de contribuer au développement de l’élevage. Par contre elles ne répondent habituellement pas aux conditions de la sélection raisonnée, qui impliquent une mesure de progrès.

Pourtant les épreuves de sélection morphologique existent de puis longtemps, et sont parfaitement compatibles avec la rigueur zootechnique, le prix de revient d’une exposition, le temps disponible.

Elles impliquent d’une part d’avoir des juges plus soucieux de compétence zootechnique que de convivialité, employant un langage commun et précis, et d’autre part des méthodes rationnelles d’analyse de la conformation.

Aucune sélection sur la morphologie ne sera donc possible tant que les responsables de race n’auront pas fourni un modèle de référence rédigé dans le vocabulaire approprié, et assorti de barèmes d’appréciation avec hiérarchisation des éléments à rechercher.
Jusque là on continuera à entendre toutes les controverses sur les résultats et leurs motifs. Il y a donc une absence de modèle de référence utilisable eu égard aux incohérences des jugements.

En revanche le système actuel a le mérite de sauvegarder la variabilité génétique et de limiter les abus dirigistes des Associations de race.
Le fait qu’une seule Association soit agréée et que la SCC n’autorise aucune autre à travailler le sujet nuit à la variabilité génétique, contraint les éleveurs à subir sans discuter les vues de certains ou à chercher à les renverser ce qui suscite d’innombrables conflits.
Un club de race ne doit pas donner d’ordres impératifs. Il serait indispensable que soient autorisées plusieurs associations par race, contrairement à la pratique actuelle. Au moins que les éleveurs sérieux qui ont la malchance d’aimer une race dont les dirigeants ont une conception purement conviviale de leur tâche, ou pis encore sont inactifs, puissent travailler en commun sans polémiques ni querelles personnelles. Que le sort d’une race ne soit pas irréductiblement limité aux concepts même utiles et judicieux d’un groupe unique d’éleveurs, mais que d’autres conceptions, limitées par le standard puissent se pérenniser. La race pourra en avoir besoin demain."

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