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Monthly Archives: avril 2007

Le chien est un carnivore social. Il vit en meutes organisées selon une hiérarchie subtile par un jeu de prérogatives et de signaux de communication. Cette organisation permet de contrôler les réactions agressives de chacun, assure la sécurité des membres de la meute et leur fournit un cadre rassurant face aux menaces et situations stressantes produites par le milieu

Avant d’arriver chez vous, le chiot est aux soins de sa mère et de son éleveur. Chacun à leur manière, ils ont pour mission d’en faire un bon chien. Voici ce qu’il doit avoir vécu……

  Quatre étapes capitales

 On a longtemps pensé que le développement du système nerveux et des organes sensoriels ne commençait qu’après la naissance. Les progrès de l’imagerie médicale ainsi que l’évolution des mentalités ont conduit à réviser cette opinion : la vie fœtale est intégrée à présent dans les phases du développement. On a coutume de diviser le développement comportemental du chiot en quatre grandes étapes.

 

1 – La période prénatale  : Elle commence réellement aux alentours du 35 e jour de conception et s’achève à la naissance. Dès la fin de la cinquième semaine de gestation, le fœtus canin réagit à des stimulations notamment tactiles. Ces premières acquisitions sensorielles ne s’expliquent que par la nature du milieu utérin, qui apparaît non pas comme un vase clos, mais comme un milieu  perméable à de nombreuses influences extérieures : certains goûts, des sons (notamment les vocalises de la mère) ou des stimulations tactiles. Le fœtus se trouve donc au cœur d’un environnement certes protégé mais qui lui permet d’éprouver ses premières expériences sensorielles. Voilà le chiot préparé à recevoir des informations du milieu dans lequel il devra vivre après sa naissance. Il nous semble important de retenir l’existence d’un échange d’informations entre la mère et les fœtus, mais aussi l’effet de résonance des états de stress qu’elle est susceptible de développer.

Une étude a été menée sur deux chiennes Beagle âgées de 26 et 32 mois et une chienne croisée Berger Allemand de 35 mois. Ces chiennes subissent tous les jours pendant cinq jours une palpation très appuyée des cornes utérines. Les fœtus sont surveillés au moyen d’un échographe et on note leurs réactions lors de ces manipulations. Les résultats obtenus montrent une agitation importante des fœtus durant les 30 secondes qui suivent cette manipulation. Cette agitation motrice s’atténue progressivement à partir du 3e jour chez la plupart des fœtus et disparaît chez la quasi totalité d’entre eux à partir du 4e jour. L’étude conclut à une compétence tactile précoce chez ces fœtus, associée à des mécanismes d’habituation puisque la réponse va s’atténuer sous l’influence des répétitions. Il est logique de penser que cette capacité d’habituation tactile est susceptible de jouer un rôle dans l’établissement des futurs seuils de sensibilité tactile.

Une expérience a également été réalisée pour rechercher les éventuelles réponses du chiot lorsque la mère subit un stress. Les chiennes utilisées sont les mêmes que précédemment auxquelles s’ajoute une chienne caniche nain de 36 mois. Les fœtus sont âgés de 45 mois environ et la stimulation n’est réalisée qu’une fois. : il s’agit d’une détonation produite à l’aide d’un pistolet à « amorces ».. On observe les réactions des embryons sur un écran échographe.  Les mouvements des fœtus comprennent très souvent des succions d’un membre antérieur ou du cordon ombilical, des rotations. Plus la réaction de la mère est violente, plus la réponse des chiots se prolonge. Cette observation conduit à souligner l’importance des situations génératrices de stress chez une femelle gestante. Visiblement ces réactions émotionnelles trouvent une résonance chez le fœtus et on doit dès lors s’interroger sur les suites possibles durant le reste de la vie des chiens. Il s’agirait alors de mécanismes allant dans le sens de travaux réalisés chez le rat et qui démontrent que des jeunes issus de femelles ayant subi un « programme d’agressions systématiques » durant la gestation ont des compétences sensori-motrices, cognitives et immunitaires significativement inférieures à celles d’un lot témoin issu de femelles dont la gestion s’est déroulée en milieu favorable.

 

La mère et les embryons échangent des informations chimiques concernant pour une large part les hormones qui vont modifier transitoirement ou plus durablement leurs physiologies respectives. Lorsque la mère est en état de stress chronique diverses hormones sont libérées de façon plus intense et induiront une plus grande instabilité émotionnelle chez les futurs chiens. D’autres substances chimiques viennent de la nourriture ingérée par la mère et vont créer des préférences qui se manifesteront après la naissance. On peut ainsi produire une attirance pour des goûts insolites comme l’essence de thym en introduisant cette substance dans l’alimentation de la femelle gestante. Seules les molécules capables de passer la barrière placentaire pourront provoquer ce type de phénomène. Une expérience a été menée sur 5 femelles gestantes partagé en deux lots. Dans le premier composé de trois chiennes, l’alimentation comprend quotidiennement 20 gouttes d’essence de thym tandis que le second reçoit le même aliment sans essence de thym. Au moment de la naissance, les chiots sont placés sur le ventre de la mère dont une mamelle sur deux est imbibée de cette essence.

A l’exception d’un chiot, tous ceux qui issus des femelles du lot « test » recherchent l’essence de thym, tandis que, pour ceux issus du lot témoin, ce paramètre le plus souvent ne semble pas influencer le choix. Lorsqu’il entre en ligne de compte, il joue un rôle répulsif. Il semble donc bien qu’il soit possible d’orienter le goût des chiots en fonction du régime alimentaire de la mère. L’intérêt de ces données est bien sûr évident en ce qui concerne l’alimentation de la femelle gestante, et l’alimentation du chiot au sevrage.

Enfin bien que les oreilles ne soient pas fonctionnelles, le fœtus perçoit les vocalises de sa mère à travers le liquide amniotique, ce qui pourrait l’aider à la reconnaître après la naissance.

 

2 – La période néonatale : de la naissance à 14 jours  : Elle s’étend de la naissance à l’ouverture des yeux. C’est la période néonatale : très dépendant de sa mère, le chiot est en phase végétative. Il est sourd, ses yeux sont clos, il se déplace très peu, uniquement en rampant, sa température corporelle n’est pas régulée. Sa mère le réchauffe, le lèche, le déplace, vocalise à son intention et l’aide à éliminer puisqu’il est incapable de le faire sans stimulation. Son emploi du temps se résume à dormir (90 % du temps) et à téter (sept ou huit fois par jour). Il y a peu ou pas d’intervention humaine à cet âge là, si ce n’est maintenir la caisse de mise bas propre en changeant plusieurs fois par jour les couvertures à l’intérieur. Les chiots sont ainsi déplacés par l’éleveur et c’est l’occasion de procéder à des pesées.

Pendant le sommeil paradoxal, les chiots présentent des mouvements incessants de la face, des oreilles, des paupières, des lèvres, mais aussi des membres (tremblements), du tronc et des muscles peauciers. Ils sont entassés les uns sur les autres et il est probable que les stimulations tactiles qu’entraînent ces contacts vont jouer un rôle dans la maturation sensorielle. Les portées formées d’un seul chiot s’avèrent beaucoup plus sensibles à une absence de soins maternels que les portées de plusieurs chiots. Ces périodes de sommeil sont parfois accompagnées d’émissions de vocalises. Quelques périodes de sommeil profond surviennent parfois (5% des cycles) et sont caractérisées par un état de repos total apparent.

Le temps de veille est presque totalement occupé par la tétée. Les prises de nourriture apparaissent assez régulièrement toutes les 3-4 heures. Elles sont synchrones pour toute la portée, qui présente d’abord une phase d’agitation avec reptation et émission de cris. Lorsque l’extrémité du museau touche la mère ou un autre chiot, la reptation s’arrête et reprend ensuite en direction de l’objet rencontré, ce qui va permettre au chiot de trouver la mamelle (« réflexe de fouissement »). Né sourd et aveugle, le chiot ne s’oriente que grâce à des informations tactiles et olfactives. Il est attiré par la chaleur –on parle de thermotactisme positif- et cherche à s’enfoncer dans tout élément mou que son museau rencontre. Grâce à ce réflexe de fouissement, le chiot s’insinue dans la chaîne mammaire. Ce repérage est facilité par des informations olfactives et notamment par la reconnaissance d’odeurs à la fois présente dans le liquide amniotique, le colostrum (premier aliment fourni par la mamelle et qui contient des anticorps) et par le lait. Une fois la mamelle atteinte, le chiot la pétrit des deux antérieurs selon un mouvement alternatif qui a pour conséquence d’enclencher l’émission du lait. Le contact du trayon sur les lèvres provoque une succion qui correspond à la mise en œuvre d’un des réflexes primaires les mieux connus :  «  le réflexe labial » . A cet âge on n’observe pas d’attachement du chiot à une mamelle précise.

Les possibilités motrices du chiot sont encore limitées. Il ne peut se dresser sur ses membres, c’est la reptation qui constitue le seul mode de locomotion possible. Les membres antérieurs acquièrent les premiers un tonus suffisant vers le 10 e jour, tandis que les membres postérieurs n’ont la capacité de supporter le poids du corps qu’à partir de la fin de la deuxième semaine. Entre ces deux dates, le chiot donne l’impression de tracter son arrière main encore non fonctionnel. Dès qu’il se trouve éloigné du contact du reste de la nichée, le chiot nouveau né présente un état d’agitation très marqué, associé à l’émission de vocalises qui ne cessent qu’avec la reprise du contact. Lorsque la mère perçoit ces gémissements elle se dirige vers le chiot et le ramène au milieu de la portée.

La chienne pendant les deux premières semaines passe l’essentiel de son temps avec les chiots couchés contre elle. Ce contact semble mutuellement apaisant , on constate en effet qu’aux environs du 14 e jour; la suppression du contact entre la mère et les chiots provoque une agitation de l’ensemble de la portée. En revanche, les chiots peuvent rester calmes si on dispose une source de chaleur artificielle à la place de la chienne. Celle-ci reste passive durant les tétées, mais elle peut aussi ramener un chiot égaré en le poussant du nez. Elle devient surtout active à la fin de leur repas. Elle retourne les chiots et les toilette. Durant ces soins, elle stimule la région périnéale de ses petits, déclenchant l’émission des urines et des selles qu’elle ingère. Ce réflexe primaire indispensable en l’absence d’autonomie neurovégétative est le «  réflexe périnéal. »  L’ensemble du corps du chiot est ainsi léché, ce qui contribue aussi à la maturation tactile du chiot en variant les stimuli. La toilette est suivie par un nouveau regroupement des chiots qui s’endorment.

 

Les chiots nouveaux nés sont sourds, aveugles. Leur orientation dans l’espace est largement dominée par des repères tactiles complétés par des repères gustatifs. La sensibilité tactile est bien développée, elle permet au chiot de recueillir aussi bien des informations concernant la texture, le relief grossier ou fin, mais aussi la température de son environnement. Rappelons, en effet, qu’il existe un thermotactisme positif utile à l’orientation mais surtout indispensable pour la recherche des sources de chaleur qui sont seules en mesure de stabiliser la température corporelle du chiot. Le nouveau né est incapable de maintenir sa température. Le sens gustatif est déjà bien développé à la naissance. Les réponses aux saveurs élémentaires sont déjà présentes. Des expériences simples ont montré que l’application de substances sucrées sur la muqueuse buccale entraîne un mouvement de succion et de déglutition, tandis que l’application d’une substance amère (quinine) provoque des plissements de la face avec extériorisation de langue et salivation.

 

La période néonatale est une phase de myélinisation des trajets nerveux. Le système nerveux du chiot nouveau né est encore en cours de développement : c’est un système largement immature, le cortex cérébral n’est pas entièrement formé, la moelle épinière n’est pas encore fonctionnelle. Ainsi la locomotion est réduite à une simple reptation, le chiot ne peut se soulever sur ses quatre membres et ne peut adopter les allures de déplacement qu’il développera plus tard  car son système nerveux ne possède à ce moment ni la capacité de commander les muscles des membres du rachis, ni celle de coordonner leur activité. De même, les nerfs qui contrôlent les sphincters vésical et anal ne sont pas myélinisés, et les connexions pas totalement établies. Le nouveau né ne peut ni uriner lui-même ni éliminer ses selles, c’est la mère qui déclenche les éliminations en léchant la région périnéale.

Durant l’embryogenèse,  les connexions nerveuses se sont développées sous l’influence de deux facteurs principaux qui sont l’expression du programme génétique de croissance et l’interaction avec le milieu environnant. L’environnement agit sur l’établissement des interconnexions neuronales par l’intermédiaire des phénomènes de chimiotactismes des cellules et parmi les facteurs physiques, on retiendra les champs électriques, la gravité et certaines influences chimiques provenant de la mère.

Lorsque le chiot vient au monde, le processus de développement des connexions nerveuses continue mais le rôle des stimuli extérieurs devient prépondérant. Ainsi chez le chiot, le phénomène de maturation du circuit neuronal est à l’oeuvre durant la vie fœtale et les premières semaines après la naissance. La variété et la qualité de l’environnement dans lequel vivent la chienne et les chiots sont déterminantes pour la bonne construction du système nerveux des petits. A l’inverse un environnement carencé en certains éléments (bruits, êtres vivants variés) induira à la formation d’un réseau pauvre générateur d’une capacité d’adaptation plus faible et d’une forte tendance à développer des troubles anxieux. Ainsi seules les synapses qui ont fait l’objet d’une activation fonctionnelle, c’est-à-dire qu’un évènement extérieur ou intérieur a  déjà stimulées, sont maintenues. Ce mécanisme fondamental dans le développement du système nerveux central est appelé «  stabilisation sélective ». Il illustre parfaitement l’interaction entre la programmation génétique et le modelage par l’environnement. Son importance est si grande que les chercheurs ont pu démontrer que le développement de la vision en dépend étroitement. De jeunes animaux élevés dans un environnement artificiel au sein duquel on a accentué les lignes verticales s’avèrent incapables une fois adultes de voir les formes horizontales. L’examen de la structure de leur système nerveux apporte une explication évidente à ce phénomène : les neurones impliqués dans la transmission de cette information ne sont pas interconnectés, l’information ne circule donc pas, et le cerveau ne peut analyser celle fournie par l’œil. D’autres études ont montré que les mammifères nouveau-nés maintenus dans un environnement sans bruits, dans l’obscurité et avec de très faibles stimulations tactiles ont un cortex cérébral moins épais que celui des petits qui se sont développés dans un milieu stimulant.

La période néonatale est pour la mère, le moment où se développe pleinement l’attachement aux chiots. Cela signifie qu’à partir de ce moment tout ce qui limite les contacts entre la chienne et ses petits déclenche un état de détresse profonde. Même s’il est parfois possible de faire adopter d’autres chiots par une femelle, l’attachement est spécifique : seuls ses propres chiots peuvent l’apaiser. A cette époque l’attachement n’est pas encore réciproque. Les chiots recherchent simplement un objet chaud, mou, contenant du lait. N’importe quelle chienne allaitante peut les satisfaire. Les relations entre les chiots et la mère vont pouvoir se développer à partir du moment où ils auront complété leur équipement sensoriel. C’est ce qui va se produire pendant la période de transition.

 

3 – La période de transition : Elle débute avec l’ouverture des yeux des chiots et s’achève avec l’apparition de l’audition matérialisée par un « réflexe de sursautement  ». La période de transition apparaît donc comme la dernière étape du développement du cortex cérébral.

Il y a acquisition des derniers éléments sensoriels nécessaires à une vie de relation optimale. Lors de l’ouverture des yeux, le réflexe pupillaire est encore lent, il devient parfaitement fonctionnel au bout de quelques jours. Petit à petit, la vision modifie le mode d’orientation du chiot. Le sens tactile perd sa prééminence, ce qui conduit à la disparition de nombreux réflexes primaires, comme le réflexe de fouissement ou le réflexe labial.

Le rythme de vie des chiots est largement modifié, notamment pour l’alternance veille-sommeil. Le sommeil est encore très important, mais il n’occupe plus que 65 à 70 % du temps. Son organisation même est remaniée puisque le sommeil paradoxal ne représente plus que 50 % du temps de sommeil.

Durant les périodes de veille, le chiot ne se limite plus à la tétée, un comportement exploratoire s’ébauche. Le chiot se dirige grâce à des informations visuelles mais aussi en flairant et en léchant. Bien que ses yeux lui permettent de s’orienter, certains éléments fonctionnels manquent encore. Le chiot est encore sourd, mais il commence à produire des vocalises plus variées. Il émet les premiers grognements et aboiements. Lorsque la période de transition s’achève, le cortex temporal voit son développement se terminer et l’audition devient fonctionnelle. Le « réflexe de sursautement «  permet de repérer ce moment.

La période de transition ne se limite pas à la seule acquisition des derniers éléments sensoriels, c’est surtout le moment où le chiot va s’attacher à sa mère et commencer à subir le processus d’imprégnation. Les nouveaux équipements sensoriels du chiot vont lui permettre de recueillir de nouvelles informations sur sa mère. Il mémorise progressivement une forme corporelle, des odeurs, puis des caractéristiques sonores qui vont construire une image spécifique de celle-ci. Désormais, c’est cette seule chienne qui sera l’objet rassurant. Elle est seule capable d’apaiser les chiots, elle devient le repère rassurant autour duquel le comportement exploratoire va se développer. C’est aussi contre elle que le sommeil peut survenir pour tous les chiots rassemblés en tas. L’attachement est donc devenu réciproque, toute tentative pour empêcher le contact déclenche un état de détresse qui s’exprime par de l’agitation et l’émission de vocalises par la mère et ses chiots. Si la séparation est maintenue, des troubles du sommeil et de l’anorexie ne tardent pas à s’installer.

L’attachement semble le corollaire au bon déroulement de l’imprégnation. Le chiot reconnaîtra un autre chien comme faisant partie de son espèce. Les conséquences de l’imprégnation sont essentielles puisque cet apprentissage si particulier est à l’origine de l’identification de semblable, c’est-à-dire du partenaire social et sexuel. La durée de cette période paraît extrêmement variable selon les espèces. Ainsi chez le canard, l’empreinte se réalise entre la treizième et la seizième heure après l’éclosion.  Dans l’espèce canine, l’imprégnation est plus longue et plus lente et semble commencer durant la période de transition et s’achever aux alentours du 4e mois. Cependant, cette limite n’est pas absolue. Des chiots élevés à l’écart de leurs congénères ont en effet pu récupérer un comportement social et sexuel normal à l’issue d’une réintroduction réalisée entre la 9 e et la 16 e semaine. On constate cependant que seuls les chiots qui ont pu s’attacher et s’imprégner quelle que soit l’espèce à laquelle appartient l’être d’attachement parviennent à récupérer. Ainsi les Chihuahuas élevés au milieu de chats parviennent à s’intégrer à une meute en quelques jours. A l’opposé un chiot élevé en isolement total et incapable d’interagir dans une meute. De même des chiots élevés en isolement, séparés précocement de leur mère, puis réintroduits dans une meute éprouvent les plus grandes difficultés à interagir avec leurs congénères. Mais un chiot, coupé de tout contact avec son espèce mais  pris en charge par un étudiant avec lequel il lia une relation affective, peut reprendre plus facilement le contact avec une meute.  En conclusion, un chiot qui a pu nouer une relation affective avec un autre être vivant, même d’une espèce différente peut ensuite développer un comportement normal. Cette relation particulière  qui s’instaure entre le jeune et un autre individu protecteur est appelée «  lien d’attachement ».

L’identification de l’être d’attachement va organiser tout le comportement exploratoire du chiot. De fait, ce phénomène survient au moment où le chien commence à s’éloigner du nid. Cette prise d’autonomie indispensable au bon développement du réseau neuronal place le chiot dans des situations dangereuses et stressantes. Le lien d’attachement par sa force, le maintient dans un périmètre gérable par la mère et lui permet de revenir promptement s’apaiser après une forte charge émotionnelle.

La relation qui s’est établit entre le jeune et sa mère les réunit dans une sorte « de bulle apaisante » et apporte au chiot la figure de référence sur laquelle se réalise l’empreinte. En l’absence de lien d’attachement, il semble que l’imprégnation  ne connaisse pas son plein développement et que le jeune reste incapable de produire des comportements sociaux puis sexuels qui lui permettront de s’insérer efficacement dans une meute.

A la fin de la période de transition, le chiot a acquis les compétences sensorielles et motrices qui vont lui permettre d’acquérir les comportements complexes qu’implique la vie en meute.

 

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Tout éleveur voudrait connaître les clés, les recettes pour s’assurer de la validité d’un mariage voire de son opportunité. L’élevage est un art. Peut-on l’apprendre ? Où doit-on aller chercher l’information ? Et de quelles informations tenir compte ?

 

Plusieurs axes de recherches sélectives sont possibles et nous en avons retenu trois :

La sélection sur le phénotype, l’apparence du chien

La sélection sur le génotype, le patrimoine génétique

La sélection sur les critères sanitaires

 

         La sélection sur le phénotype

 

C’est souvent la première car c’est la plus facile. Qui n’a jamais eu le coup de foudre pour un chien ou une chienne d’exposition ? S’arrêter là pour le sélectionneur est une faute, car une apparence, un phénotype, n’exprime jamais une concordance exacte avec le génotype de l’animal.. Tous les gènes ne sont pas exprimés et peuvent réserver de sacrées surprises à l’arrivée. Un très beau chien issu d’une lignée consanguine a nettement plus de chance de « redonner » ses qualités qu’un très beau chien issu d’un mariage en panmixie. En effet, le sujet consanguin aura forcément plus de chance d’avoir un génome fortement homozygote. C’est pourquoi il faut se méfier de la mode consistant à privilégier le dernier champion en date comme étalon. Autant que possible il faudra tenter de voir ses collatéraux (frères et sœurs) afin de se faire une idée de l’homogénéité de l’ensemble de la fratrie. De même si le chien en question a déjà reproduit il faudra voir cette descendance et ne pas oublier de voir ( la ou les) mère de ces chiots. Ce chien n’est pas venu de « nulle part » et il faut connaître son entourage phénotypique.  Ce sujet est-il réussi par hasard, ou tout son entourage est d’un bon, voire d’un très bon niveau et il est la meilleure expression phénotypique de cette lignée ?

 

Il est évident que de ne pas céder à la championnite n’implique absolument pas de renoncer à utiliser un champion comme étalon. Il faudra simplement ne pas s’arrêter au titre et à l’apparence du sujet mais s’intéresser à son pedigree ainsi qu’à tout son entourage familial. On cite souvent le cas d’un champion à répétition qui gagna tout pendant cinq ans mais dont on ne trouva plus trace vingt ans après tant des descendants furent décevants.

 

Evidemment tout ce qui est dit là ne tient pas compte d’une donnée assez simple, pour les éleveurs qui est, qu’en toute logique on vend mieux des chiots issus de champions, que ceux issu du champion de l’incognito.

 

         La sélection sur le génotype

 

Elle est incontournable pour le vrai sélectionneur qui passe souvent beaucoup de temps à étudier le pedigree de chiens qu’il convoite pour une saillie éventuelle. Les renseignements donnés sur les pedigrees sont bien insuffisants, il faut souvent reconstituer les pedigrees sur cinq générations, rechercher les photographies des géniteurs inscrits.

Enfin rechercher la consanguinité dans le pedigree.

Voyons tout d’abord la définition et la terminologie. Beaucoup de races canines descendent d’un nombre limité d’étalons voire d’un seul, aussi la consanguinité est définie comme l’accouplement de géniteurs plus apparentés que la moyenne de la population dont ils sont issus. La consanguinité sera plus ou moins forte selon le degré de parenté des sujets accouplés et elle devient négligeable dès que l’ancêtre commun est éloigné.

Terminologie :

 

         close Inbreeding : accouplement entre individus de premier ou deuxième degré de parenté (frère x sœur, parent x enfant).

         Inbreeding : accouplement entre parents aux troisième et quatrième degrés (oncle x nièce, cousins germains)

         Line breeding : présence d’au moins cinq degrés de parenté entres les géniteurs

         Outbreeding : accouplement entre individus non apparentés ( pas de parents communs sur au moins cinq générations).

 

Il faut tordre la cou à l’idée la plus répandue sur la consanguinité : « çà fait des tarés ! »  Chaque détracteur de cette méthode de sélection à en tête l’exemple de ces rois de France totalement dégénérés, mais pensent-ils qu’une sélection a été faite empêchant les tarés d’avoir des enfants. Il faut encore le répéter la consanguinité ne crée rien, elle ne laisse que la possibilité aux choses de se révéler.

« En espèce canine, la consanguinité est nécessaire pour acquérir l’homogénéité souhaitée par les éleveurs pour un certain nombre de caractères de conformation, de couleur, de texture de poil…Cependant elle doit être utilisée de façon judicieuse dans le cadre des programmes d’élevage afin de bénéficier des effets favorables et d’éviter toute conséquence néfaste. Aussi l’amélioration génétique repose sur la sélection (trier les meilleurs allèles en choisissant les meilleurs géniteurs) et le mode de reproduction (accouplement de ces géniteurs en utilisant ou non un certain taux de consanguinité). Le rôle essentiel de la sélection  n’est pas de créer une forte homozygotie mais de trier les bons allèles ; de façon complémentaire, la consanguinité permet d’obtenir rapidement de   l’homozygotie autrement dit la fixation de ces allèles dont la transmission ultérieure est ainsi assurée. » Pr Françoise GRAIN.

 

A ce sujet, le Pr Quiennec prônait l’utilisation d’un minimum de quatre lignées consanguines parallèles afin de travailler plusieurs aspects de cette sélection des bons allèles. Ces lignées fortement consanguines il les voyait dotées d’un phénotype relativement homogène ce qui permettait le  « croisement  » lorsqu’une impasse génétique était atteinte ou que la dépression de consanguinité guettait.

Suivant les races cela implique de travailler en partenariat avec plusieurs élevages inscrits dans la même démarche car entretenir 4 lignées différentes est trop cher. Une telle chose relève quasiment de l’impossibilité étant donné la mentalité de la plupart des éleveurs. Et pourtant ce serait l’ensemble du cheptel qui y gagnerait. A ce niveau la question qui fait débat c’est être là pour soi ou pour la race ?

La consanguinité n’a pas que des avantages. La dépression de consanguinité est un phénomène qui peut apparaître lorsqu’une consanguinité trop étroite est pratiquée trop longtemps. Cela débouche sur de sujets souvent petits et malingres, avec des mauvaises performances en matière de reproduction, et une baisse des capacités immunitaires. L’apport de sang neuf (mariage hétérosis) contrecarre immédiatement ce phénomène et a même tendance à donner des sujets esthétiquement plus grands et plus costauds.

En matière de désagrément, il faut aussi prendre en compte le choix des sujets que l’on va élever en consanguinité. Le Pr Queinnec insistait sur le fait qu’il faut partir de sujets parfaits, de cracks car tout au long de la sélection on ne trouvera que ce qu’on y a mis. En effet apparier deux sujets au pedigree très différent mais qui sont des cracks chacun de leur côté n’a de sens que dans une démarche à moyen et long terme où les sujets intéressant risquent fort de n’apparaître qu’à la deuxième voire troisième et quatrième générations. Tous les bons éleveurs le disent bien « les champions ne font pas forcément des champions », ce serait trop facile et l’élevage ne serait pas un art mais simplement un addition mathématique !

Attention aussi à ne pas espérer ce qui n’est pas possible. C’est ici qu’il faut parler de l’héritabilité (définition selon le Pr Courreau) : c’est la part du génétique, des effets génétiques directs, dans l’expression phénotypique) des caractères recherchés. Il faut d’abord distinguer le caractère qualitatif des quantitatifs.

-qualitatif : ce sont des caractères commandés par un locus où l’on trouve deux gènes allèles, l’un venant du père, l’autre venant de la mère. On les appelle caractères qualitatifs car pour les décrire, on utilise des mots qui expriment leur qualité : « la robe de ce chien est noire ». elle pourrait être marron, rouge, etc..Il y a n nombre limité de possibilités. La variation des caractères qualitatifs est discontinue.

– quantitatif : ce sont des caractères commandés par plusieurs locus, par plusieurs gènes. La moitié de ces gènes viennent du père, l’autre moitié de la mère. On les appelle caractères quantitatifs car on les décrit par une quantité : « la hauteur au garrot de ce chien est de 61 cm ». Elle pourrait être de 62 cm, 63 cm. Il y a un très grand nombre de possibilités, surtout si la mesure est faite avec précision. La variation des caractères quantitatifs est continue.

 

Les valeurs d’héritabilité peuvent se donner en pourcentage. On retiendra qu’en pratique les  % et que des valeurs supérieures sont extrêmement rares. Plus le pourcentage est faible moins le caractère es améliorable par le biais de la génétique, à l’inverse plus il est élevé et plus il y a de possibilités. Il est habituel de diviser ces valeurs d’héritabilité en trois groupes : de 0 à 20 % héritabilité faible, de 20 à 40 % moyenne, et forte au dessus de 40 %.

pour la morphologie et la phanéroptique (mensurations, poids, croissance, angulations, répartition des taches, intensité d’une couleur) les héritabilités vont de moyenne à forte. Pour le travail et le comportement (toutes utilisations faisant intervenir des qualités physiques et/ou psychiques) les héritabilités sont faibles ou tout juste moyennes. Pour la reproduction et la longévité (fertilité, prolificité, difficulté de mise bas, âge au décès) les héritabilités sont faibles voire très faibles. Par contre dans ce dernier cas il faut absolument garder une pression de sélection forte sur ces caractères, pas pour les améliorer mais tout simplement pour empêcher qu’ils se dégradent.

La consanguinité reste le meilleur moyen pour contrôler dans une certaine mesure le génotype de ses reproducteurs, et surtout voir le résultat de ses efforts de sélection assez rapidement !

 

         La sélection sur les critères sanitaires

 

La sélection génétique est incontournable pour le sélectionneur mais une des premières données d’après le docteur Fontbonne que l’on devrait tenter de se procurer sur un géniteur c’est son état sanitaire. Or les maladies sexuellement transmissibles (MST) sont une réalité que ce soit l’herpès virose, les brucelloses, mycoplasmoses, salmonellose, pasteurellose, chlamydiose etc..

 

L’herpès virose est la MST la plus connue des éleveurs, elle est suspectée de provoquer de l’infertilité, des avortements et de la mortinatalité.

 

En conclusion, le sélectionneur doit avoir l’œil pour détecter le chien ad hoc qui sera parfait pour sa femelle, être fin limier pour collecter le maximum de renseignements sur ce chien et son entourage familial (ascendants, collatéraux et descendants) sur les titres de beauté ainsi que les résultats de sont entourage, sur son état sanitaire ainsi que sur les tares éventuelles dont il serait porteur. Il faudra à cet éleveur prendre en compte des paramètres comme la consanguinité pour savoir si le chien a plus ou moins de chance de redonner son potentiel, sachant que là encore ce ne sont pas des maths et qu’à l’arrivée on peut avoir de très belles surprises comme de franchement moins bonnes. Il devra être un bon commerçant pour savoir vanter la qualité de ses chiots. Et être éthologue sur les bords pour savoir élever ces mêmes chiots afin qu’ils soient psychologiquement au top pour répondre à cette qualité qu’il a précédemment vanté. De plus il faudra qu’il soit parfaitement au courant de tous les symptômes des diverses maladies afin de savoir en détecter les prémices au sein de son élevage. On ne parlera pas de la concurrence, de la jalousie, des nuits blanches auprès des chiots, voire sur internet pour tenter de trouver des infos utiles sur tel ou tel géniteur.

Lu dans la revue "Vos chiens" avril 2007

 

La génétique moléculaire montre que le loup est l’ancêtre exclusif du chien. Il reste à savoir comment le loup est devenu chien. Pour comprendre le processus il faut se placer au paléolithique supérieur vers 12000 ans avant J-C époque où les données archéologiques placent en différents lieux l’émergence du chien. Dans le contexte de réchauffement climatique qui met fin à ce moment là à la dernière glaciation, les ultimes cultures de chasseurs-cueilleurs se sédentarisent. A la périphérie des campements permanents  ou semi-permanents se concentrent les déchets de l’activité humaine, notamment de la nourriture : se crée ainsi autour de ces établissements une nouvelle niche écologique, que colonisent  certains animaux. Outre l’alimentation, elle leur fournit un relatif isolement de leurs prédateurs ou leurs congénères. Sont concernés certains rongeurs, certains oiseaux,  et aussi de petits effectifs de loups , dont les restes figurent parfois dans l’inventaire archéologique des sites de chasseurs-cueilleurs.

Du point de vue du comportement alimentaire des loups, plus besoin de chasser, on attend que la nourriture tombe !  De super prédateur, concurrent de l’homme, on devient son éboueur. Mais un petit groupe de loups  est plus voyant voire plus incommodant que des pigeons ou des souris. Nul doute que c’est plutôt comme des parasites dangereux  et non comme des compagnons que ces loups ont été dans un premier temps considérés.

La proximité permanente de l’homme est pour le loup au départ un facteur de stress.  Les premiers spécimens vivant dans l’entourage de l’homme étaient  donc ceux qui possédaient la plus haute tolérance au stress.

Or la réponse au stress dépend du système hormonal et en l’occurrence  des hormones métabolisées par la thyroïde et principalement  la thyroxine. La thyroxine entraîne à son tour la production d’autres hormones contrôlant des fonctions très importantes comme le développement fœtal, la croissance post natale, la production de pigments, le cycle reproducteur. Comme plusieurs travaux récents l’ont montré, chaque espèce a son propre métabolisme thyroïdien et donc ses propres caractéristiques dépendantes de celui-ci. Au sein d’une même espèce, dans le cadre de la variabilité génétique individuelle, il existe des profils hormonaux légèrement différents les uns des autres. Un spécimen sera ainsi entre autres variations plus ou moins tolérant au stress selon le rythme et le volume de ses secrétions hormonales.

Seuls les loups porteurs d’un profil thyroïdien de haute tolérance au stress ont donc pu entrer en relation avec l’humain. Se reproduisant entre eux, ils ont répandu, recombiné et exhaussé dans leurs petits groupes ce métabolisme particulier.

Au fur et à mesure que le métabolisme thyroïdien changeait, même légèrement, les caractéristiques physiologiques qui en dépendent dérivaient aussi, faisant apparaître chez les sujets impliqués les modifications phénotypiques notamment la juvénilisation de la morphologie et du comportement : réduction de la taille, de volume crânien,  raccourcissement des os de la face,  augmentation de l’incidence des couleurs pies, abaissement de l’âge de la maturité sexuelle, un cycle reproducteur différent. Un chien primitif a émergé avec son propret profil thyroïdien, le processus était irréversible.

Les hybridations ponctuelles avec des spécimens sauvages n’ont pas eu d’effet pour deux raisons :

         les traits néoténiques du chien héréditairement déterminés par le nouveau profil thyroïdien on tendu à être génétiquement dominants sur les caractères lupoïdes

         puis parce que les individus hybrides qui auraient possédé un profil hormonal intolérant au stress ne pouvaient pas quitter le pool génétique des chiens primitifs pour rejoindre la vie sauvage.

 

Au sein des populations de chiens primitifs, des variations individuelles dans les profils thyroïdiens  ont continué à apparaître, voire à augmenter au fur et à mesure des mutations.

Elles ont fourni un matériel biologique à la sélection naturelle puis à la sélection menée par l’homme, lorsque le chien fut mis en service pour remplir différentes fonctions. Des morphotypes distincts se sont ainsi développés. La permanence du jeu chez le chien adulte que nous utilisons pour lui inculquer à tout âge différents apprentissages en est un symptôme. Les traits particulièrement juvéniles de certaines de nos races (têtes larges et rondes par exemple reflètent leur évolution.

Cette évolution a été rapide Dans une expérience menée en Sibérie en 1950 par le biologiste Dimitri Belayev, un programme de sélection sur des renards argentés a été mené. Ces animaux captifs présentaient au départ toutes les caractéristiques de leur espèce : morphologie,  couleur, cycle reproducteur annuel chez les femelles, peur viscérale de l’homme. Le Dr Belayev entreprend de sélectionner pour la reproduction les sujets qui présentent la crainte la moins forte, la distance de fuite la plus courte autrement dit la plus haute tolérance au stress de la proximité humaine. Aucun autre trait n’est pris en compte et les sujets ne font l’objet d’aucune tentative d’apprivoisement. Au bout de 20 générations (20 ans, les renards sont non seulement devenus très sociables mais d’autres traits canins sont apparus , aboiement, robes panachées de blanc, queue enroulée, oreilles tombantes, raccourcissement du museau, cycle reproducteur de six mois….

Maintenant on sait que tous ces caractères ont pour dénominateur commun d’être contrôlés par le mécanisme thyroïdien.